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  • Aurélie Auffray

Les portes s'ouvrent au cinquième étage

Dernière mise à jour : 19 août 2020

Ce matin, le thermomètre affiche déjà plus de 30 degrés dans nos bureaux.

Nous sommes exceptionnellement dispensés de porter l'uniforme. Les informations nous annoncent un état de canicule en alerte rouge. La température parisienne n'a apparemment pas montré un thermomètre si élevé depuis 1947.


Ce matin, comme tous les matins depuis ce 1er février 2016, je porte mon uniforme. À dix heures, je serai reçue par le directeur général de la gendarmerie nationale. Un homme comme vous et moi, mais pour nous militaires, il est celui qui porte notre institution, la dirige, l'oriente, la rend forte, la protège.


Aujourd'hui, me reviennent alors les flash-back de ma vie : mon enfance, mes parents, les souvenirs d'antan, ces choix qui m'ont fait écrire ce présent.

J'ai grandi à Laval. Dans ma famille, j'ai appris de mes parents, un message de tolérance, de différences. Si de maman, j'apprends l'amour des mots, de papa, j'apprends le goût de la liberté. Ma famille paternelle appartient à la communauté des gens du voyage. Tandis que mes cousins, cousines découvraient la France au rythme de leurs déplacements, grâce à mes parents, j'apprenais l'importance de l'éducation et tombais amoureuse des livres. Mes émotions déjà si fortes, je m'enfermais dans ma chambre, un crayon à la main et faisais danser les mots de notre langue française.

Des mots que j'ai aimé, apprivoisé et qui me permettent aujourd'hui d'ouvrir la porte du cinquième étage.


J'ai passé la nuit à rédiger un dossier de présentation. Une nuit entière où je me devais de partager à flots de mots, de photos, l'essence d'un projet appelé "Portraits de Gendarmerie".

Quelques mois auparavant, Aakash et moi avons imaginé, fondé notre projet. Aakash est un artiste venu de Jhansi en Inde, ce pays aux mille couleurs. Ensemble, nous allions créer un projet artistique, un projet qui parlerait d'humanité.


Nous sommes le 25 juillet. Tandis que le bitume parisien semble fondre sous la chaleur étouffante de la ville, je traverse la passerelle des chevaux de la DGGN et me dirige vers l'ascenseur, mon projet à la main.

Ce matin, je suis accompagnée du chef Sirpa et de la lieutenant-colonelle Florent, responsable égalité-diversité au sein de notre institution. Notre rencontre fut un véritable tremplin pour notre projet. Dès les premières minutes, elle m'avait encouragé à faire exister cette idée et m'avait apporté un soutien sans faille. Elle est de ces personnes qui inspirent, rassurent et donnent la confiance juste et nécessaire à la poursuite des rêves.






Cinquième étage, nous ouvrons la porte.


Je pense avoir quelques minutes pour prendre une grande inspiration que déjà mon regard croise celui du directeur général. Il nous invite à le suivre à son bureau. Tous quatre, nous nous asseyons. Je ressens mes battements de cœur s'affoler : la peur, l'appréhension, le défi, l'aboutissement? Tant de pensées se bousculent. J'ai l'honneur de présenter officiellement un projet artistique à celui qui représente une institution aux valeurs ancestrales, lui présenter un travail de longue haleine, un projet qu'Aakash et moi avons mené seuls, mis en place avec pour seule expérience, la motivation de nos passions.

Ce rendez-vous, c'est avoir l'immense opportunité de dire à notre directeur à quel point notre institution est belle. Lui dire qu'aux quatre coins de la France, nous avons rencontré celles et ceux qui font de la maison Gendarmerie, notre fierté, et pour notre pays, une si belle force humaine. Je lui formule mon projet, ce qui s'est passé durant ces mois, les kilomètres parcourus, les larmes parfois, les hsitoires entendues et les sourires partagés à chaque fois.

Au fur et à mesure que mes mots défilent et lui expliquent ce qu'Aakash et moi avons fait ensemble, surviennent les souvenirs, les émotions, je sens que ma voix tremble un peu lorsque je lui demande enfin :


- Mon général, accepteriez-vous de faire partie de notre projet, au nom du militaire qui est en vous, de l'homme derrière l'uniforme?


- être dans le cadre ? me répond-il


Mes mots sont un peu raturés, mon stress palpable. Il me regarde, puis d'un sourire malicieux fait un signe de tête acquiescent ma demande. La lieutenant-colonelle reformule, pour être sûre que nous quatre, assis dans ce même bureau du cinquième étage, ayons cette même information : Oui le général Lizurey, directeur de la gendarmerie nationale accepte de faire partie de ce projet né d'une amitié franco-indienne.


Quelle aventure! quelle histoire! Celle de deux amis qui se passionnent réciproquement pour le pays de l'un et l'autre. Un projet né d'une complicité, de passions et de sincérité.


Ma première pensée se dirige bien évidemment vers Aakash. Cette envie urgente de l'appeler, lui dire que ses mains d'or serviront à réaliser la toile du directeur de la gendarmerie nationale française. Lui dire que dans une semaine, nous serons tous deux dans ce même bureau, que le général d'armée nous racontera son histoire, et qu'il nous faudra ensuite, écrire, peindre cet instant.

Un instant qui s'effacera et que notre projet immortalisera.

Parce que oui, l'instant passe. Un jour, notre directeur s'en ira, mais Aakash et moi, nous nous souviendrons de cette rencontre.


Le rendez-vous prend fin. Je reste encore un peu surprise, mais ravie du discours élogieux porté à notre projet. La porte du cinquième étage se referme, peut-être qu'en ce 25 juillet pour certain, il s'agit d'un simple rendez-vous, d'une simple question ou bien même d'un simple projet, mais pour Aakash et moi, c'est la plus pure des émotions : la reconnaissance.


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